Lorsque j'ai commencé à écrire des nouvelles, j'ai voulu expérimenter un peu, pour voir un peu où étaient mes limites et apprendre à utiliser les mots pour arriver au résultat souhaité. J'ai notamment essayé d'employer le présent et le passé, mais aussi le conté et le raconté dans une même nouvelle.
Et j'ai découvert quelque chose qui sur le coup m'a pas mal amusé.
Pour commencer, la pensée humaine est en grande partie structurée par le langage. Nous sommes des êtres communicants, même (surtout?) dans notre propre tête. Je n'irais pas jusqu'à dire que nos pensées sont conditionnées par le langage, mais je suis certain d'une chose : ça parle dans ma tête.
Ensuite, j'ai remarqué que le temps du récit était principalement le passé. Reniant le naturel de la chose, je me suis dit : "Merde, pourquoi le passé?".
C'est comme ça que j'ai découvert le pot aux roses.
Je n'étendrais pas la proposition à toutes les langues parlées, mes connaissances en ce domaine étant très limitées. La langue française possède un nombre assez incroyable de temps au passé. Cela montre bien le but du langage : transmettre des informations, raconter... Or lorsqu'on raconte quelque chose de passé, il est nécessaire de pouvoir déterminer une chronologie des événements les uns par rapport aux autres. C'est de là que vient ce grand nombre de temps passés.
J'ai ainsi compris la nécessité de ce "déséquilibre". Le présent étant un instant unique, un seul verbe (si je dis pas de conneries) suffira amplement à le retranscrire. Le futur, lui, est hypothétique ; on peut prédire avec certitude (au futur donc), ou émettre une possibilité (au conditionnel). Mais le passé a besoin de beaucoup plus de nuances pour être retranscrit de manière fidèle. C'est par le passé que sont transmis les patrimoines culturels, sociaux, scientifiques. C'est dans le passé que nous puisons nos savoirs.
Du coup, j'ai vu le langage un peu comme une pyramide inversée. Tout en bas, le langage à ses balbutiements, les paroles de nos ancêtres. Elles devaient être limitées bien sur, mais petit à petit, ces paroles ont bénéficié des sommes d'expériences et de vécus de chaque génération.
Ainsi, sur cette fragile base du langage, se sont empilés les couches de savoir, jusqu'à devenir un édifice aussi complexe que le savoir humain. Les deux sont d'ailleurs intimement liés, et nulle personne au monde ne saurait posséder toutes ces connaissances.
Cela dit, on apprends avec le langage, on communique avec, on joue avec, on pense avec, on aime avec, on vit avec...
Le langage est aussi un de nos plus gros handicaps. Tourné vers le passé, limité bien qu'en constante évolution... Mais peut-être un jour sera-t-il possible de nous en affranchir, d'étendre nos perceptions au-delà du temps, au-delà de l'espace...
Bref, voila une réflexion que j'avais trouvé intéressante. Après relecture ça me semble peut-être un peu décousu ou confus, mais j'ai fait mon possible pour transmettre ces pensées sans taper dans la dissert qui, je suppose, ne sied guère à un blog.